Hervé Bellaïche

Comment le luxe investit : Hervé Bellaïche, Ponant

Hervé Bellaïche, Directeur Général, Ponant

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours et Ponant ?

Je suis ingénieur de formation. J’ai travaillé à la construction de ponts en Corée du Sud puis dans un cabinet de conseil en stratégie sur des sujets d’investissement, des problématiques de rachats d’entreprises ou de pivots stratégiques. Ensuite, je suis entré chez Carlson Wagonlit Travel au moment. J’avais le poste de directeur commercial et marketing France. Je suis passé ensuite au Business Développement Europe et  j’ai alors eu l’opportunité de rejoindre Ponant. Je suis tombé amoureux de l’entreprise, de ses valeurs, de sa vision.

Ponant est un croisiériste français, leader sur le marché du luxe à la française. 

Nous avons aujourd’hui neuf navires. En 2013, il y en avait trois, en 2015 cinq. Depuis 2017, nous en avons reçu quatre. Nous prévoyons un fort développement. Dans les deux prochaines années, nous aurons une flotte de douze navires.

Aujourd’hui nous avons trois types de destinations, un tiers des activités est en zone polaire, un tiers en zone tropicale longue distance. Le dernier tiers est plutôt du court courrier, par exemple la Baltique, les fjords norvégiens ou la Méditerranée. Ponant est une société de 30 ans fondée par des officiers de la marine marchande qui avaient trois convictions fortes : la première était la taille des navires. A une époque où nous construisions des navires de plus en plus grands, eux construisaient les navires les plus petits au monde. Aujourd’hui nous avons la flotte la plus intimiste avec des navires 40 à 50 fois plus petits que les navires classiques. Leur deuxième conviction était la destination. Les gens choisissent un voyage pour visiter un endroit, pour vivre une expérience. La destination est à l’honneur et contribue à faire en sorte que nos clients  reviennent différents, enrichis. La troisième conviction était  un mélange d’innovation et de préservation environnemental. 

Nous travaillons bien sûr avec des partenaires maritimes pour la construction des navires et leur maintenance. Nous travaillons sur tous les continents avec pratiquement tous les ports. Nous faisons 350 croisières qui touchent chacune sept ports donc nous devons être dans 1500 ports différents. Nous menons un grand nombre d’actions avec les ports pour le départ de nos navires et dans le cadre des activités proposées à nos clients. 

Sur quels marchés Ponant est présent ?

Aujourd’hui notre fer de lance et notre vision sont les croisières à la française et nous voulons faire rayonner ce luxe à la française dans les différentes mers du monde. Notre marché principal est la France. La partie francophone est l’immense majorité de notre activité. Nous avons quelques clients qui viennent d’autres pays mais c’est vrai que notre axe de croissance est essentiellement basé sur la France, la Belgique et la Suisse. La croisière représente 7% du marché du tourisme et les croisières de petite capacité représentent moins de 3% de ces 7%. Nous sommes vraiment un acteur de niche. Nous avons besoin d’avoir des relais d’opinion et des personnes qui connaissent nos produits pour expliquer aux clients pourquoi faire une croisière en Antarctique par exemple a du sens. Notre plus gros relais de croissance vient des agents de voyage sur les marchés historiques que sont la France, la Belgique et Suisse.

Présentation d’Artemis

Société d’investissement de la famille Pinault, Artémis a été fondée en 1992 par François Pinault. Elle investit dans des entreprises à fort potentiel de croissance et les accompagne dans la durée à chaque étape de leurs développements. Artémis  privilégie les prises de participations majoritaires et  investit dans des entreprises de toutes tailles et de tous métiers qui présentent un fort potentiel de croissance et qui sont appelées à devenir leaders dans leurs secteurs.

Dans le cadre de votre développement, en 2015 Artemis est entré au capital. Pourquoi ce changement  ?

Pour plusieurs de raisons :  des valeurs communes, une approche à long terme et une même vision, ces deux entreprises se sont rapprochées.

L’actionnariat précédent que nous avions était un fonds d’investissement dont la nature n’est pas de garder l’entreprise sur des périodes très longues. 

Est-ce qu’être dans le secteur du luxe a permis à Ponant de tisser des relations entre avec les autres structures accompagnées par Artemis ?

Nous travaillons autant que possible avec toutes les marques accompagnées par Artemis. Nous faisons par exemple des croisières en partenariat avec Christies, la maison d’enchères, pour expliquer à nos clients comment se passe les coulisses d’une vente aux enchères. Nous faisons également des croisières œnologiques au travers des vignobles d’Artemis domaine. 

Est-ce que collaborer avec ces entreprises peut constituer un vrai axe de développement ?

Cela ne peut pas être un axe développement externe. Nous avons une vision d’entreprise qui est d’offrir à nos clients des expériences de voyages extraordinaires, exceptionnelles et dans ce cadre-là, nous enrichissons nos croisières d’éléments supplémentaires. 

Y a-t-il eu d’autres développements qui ont pu être accélérés par cette opération ? 

Nous avons la chance d’avoir un partenaire qui est avec nous sur une longue durée. Cela permet d’avoir une vision et un plan à long terme.

Cela a-t-il eu un impact en interne et pour vos clients en termes d’expérience, de communication, de messages…?

Nos clients et nos collaborateurs ont trouvé l’arrivée de ce nouvel actionnaire très positive et assez naturelle par rapport à ce que nous faisions. Cela permet d’être encore plus à l’aise pour mener à bien le plan et la vision que nous avons depuis 30 ans.

Dans ce plan et cette vision, le respect des zones protégées fait partie des axes de développement dans lequel vous souhaitez encore plus investir ces prochaines années.

Évidemment, la mer est un des éléments les plus importants qui existe sur terre. Nous avons une trentaine de projets en parallèle, qui vont de la réduction des plastiques à bord jusqu’au soutien de fondations externes, en passant en particulier par le développement et le respect des zones que nous côtoyons. Le sujet principal pour nous est que nos clients reviennent d’un voyage avec Ponant avec une conscience écologique éveillée. À bord, nous proposons des conférences avec des naturalistes, des ornithologues, des climatologues qui leur expliquent les enjeux climatiques. Ils sont donc formés. De plus, nous leur révélons la nature et la beauté de la terre. Cela nous permet de faire un travail d’éveil des consciences d’une manière très professionnelle et c’est pour cette raison que nous sommes suivis aujourd’hui par des acteurs de ce mouvement. Nous sommes un acteur qui souhaite faire élever le niveau de responsabilité sociale de tout le monde du tourisme et nous espérons en être le porte-drapeau. Nous le faisons via les associations dans lesquelles nous sommes présents. Nos actions doivent avoir un impact positif une fois que le navire a traversé les régions car en passant, nous ramassons des déchets et nous travaillons avec les populations locales pour partager avec les différents peuples. Nous créons même des systèmes d’échanges entre nos clients et les peuples qu’ils rencontrent ! Ce respect des zones polaires, des océans et des peuples permet de créer des passerelles, ce qui est un leitmotiv très fort de notre engagement sociétal.

Dans les prochains mois ou années, est-ce que vous envisagez de nouvelles pistes de développement ? 

Il y a quelque chose de très important à comprendre chez Ponant, c’est que la vision que nous avons, notre approche, nos valeurs existent depuis la fondation de l’entreprise. Le fondateur de l’entreprise est toujours l’actuel président, depuis trente ans. Cela donne une très forte continuité. La vision s’agrémente, s’adapte, s’ajuste mais le cap reste le même. La route peut un peu dévier mais la vision ne change pas. Par exemple, le développement sur les marchés cœur via les agents de voyage a toujours été le cas et le restera.

Le fondateur de l’entreprise est toujours présent, Artémis est entré en 2015, est-ce qu’il y a eu à ce moment-là ou même avant, une prise de capital de la part de membres de l’entreprise ?

Aujourd’hui, nous intéressons certains de nos salariés au résultat de l’entreprise parce que cela fait partie de notre engagement d’entrepreneur. Il y a une culture de partage et d’entreprenariat dans l’entreprise.

Y a-t-il d’autres manières, d’autres dispositifs mis en place pour porter ces valeurs d’entrepreneuriat ?

Nous sommes une entreprise qui s’est développée très rapidement, très fortement, ces dernières années. Nous avons besoin de créer une culture d’entreprise forte. Nous avons donc tout un panel d’activités et notre but est de “maritimiser” l’entreprise, par exemple avec des stages de pilote de zodiacs proposés à nos salariés. Nous avons fait il y a trois semaines une régate avec 300 personnes de Ponant. Le but est d’avoir une équipe soudée, nous avons besoin d’avoir tout notre équipage sur le pont !