Interview de Laurent Queige, Délégué Général du Welcome City Lab et de Mathieu Pollet, PDG de LoungeUp

Le complément STRATEGOS.FR :

Laurent, vous avez évoqué le fait d’exporter le modèle, pouvez-vous nous en dire plus ?
Oui, c’est effectivement une nouveauté, que je n’avais pas prévue au début du projet : nous avons été contactés par six villes dans le monde qui nous ont demandé d’exporter le modèle. Aujourd’hui nous avons formalisé un accord avec la ville de Mexico, pour l’aider à monter un incubateur touristique autour de ses problématiques. Nous avons eu également des demandes de Montréal, Dakar, Valence, Budapest et Shanghai. Chaque cas est différent : Mexico c’est l’autorité du centre historique de la ville de Mexico, Shanghai un groupement d’investisseurs privés, Montréal l’Office de tourisme, Valence une fondation privée et Budapest des incubateurs. C’est intéressant car nous pourrons appuyer notre veille sur un réseau international, soit autour du Welcome City Lab s’ils reprennent la marque, soit autour d’un réseau plus informel.

Souhaitez-vous revendre la marque Welcome City Lab ?
Nous avons déposé la marque à l’échelle internationale. L’idée serait aussi de créer un club des incubateurs touristiques, qu’ils s’appellent ou non le Welcome City Lab. Sur le territoire national, je suis en contact avec d’autres collectivités locales françaises, régions, métropoles, départements. Il y a à ce jour une demande formalisée, celle du CDT du Bas-Rhin, pour dupliquer le modèle du Welcome City Lab.

De par les nombreuses start-ups que vous côtoyez tous les deux, quelles grandes tendances en termes d’innovation touristique pouvez-vous identifer ?
L.Q. : Il y a évidemment dans le numérique les deux grands sujets que sont le Big Data et les objets connectés. Il y a aussi la lame de fond de la consommation collaborative qui génère beaucoup d’innovations. C’est un marché qui commence à murir. Nous avons par exemple chez nous Bnbsitter, qui correspond au service hôtelier apporté aux propriétaires des services collaboratifs. Plus globalement, une tendance est l’innovation de services pour les voyageurs. Un exemple est Evanela, qui propose des rencontres entre artistes et touristes. Paris est reconnue comme la capitale mondiale de la mode, du design, des métiers d’art, mais cette réalité est difficilement accessible aux touristes aujourd’hui. Le champ d’innovation est ici très important et majoritairement non défriché. Une destination comme Paris a une problématique de repeaters. L’industrie du tourisme classique ne s’intéresse quasiment qu’à la première visite, et vend le Sacré Coeur, l’Arc de Triomphe, etc. Pour être innovant, il suffirait parfois d’écouter le client et d’enrichir et diversifier son offre, pour surprendre son client, lui faire vivre une véritable expérience. C’est ainsi qu’on peut transformer un client en ambassadeur de la marque. C’est aussi pour cela que l’on s’intéresse ici beaucoup à la problématique de la nuit, de la vie nocturne. Il y a une relation très importante à faire avec le monde du tourisme. Renaud Hamaide, Directeur Général de Viparis, dit souvent : « Le problème du tourisme d’affaires à Paris, c’est l’after ». Nous ne sommes pas capables aujourd’hui, collectivement, de mettre en relation ces deux secteurs. Barcelone, Bruxelles et Lyon par exemple réussissent très bien à mettre en relation tourisme d’affaires et de loisirs. Lyon a une réelle capacité à fédérer les gens derrière une marque, et à faire porter par d’autres une stratégie municipale. A Paris nous n’en sommes pas à ce niveau là, il nous manque une signature, comme Only Lyon ou I amsterdam. Des milliers de Lyonnais sont labélisés Only Lyon, ils sont devenus de véritables ambassadeurs.

M. P. : Le tourisme est le milieu où l’économie numérique est la plus forte. C’est un écosystème extrêmement fragmenté où des grands acteurs ont pris des monopoles, il y a une énorme concentration. Nous commençons à assister à une prise de conscience de tous ces acteurs du tourisme – hôteliers, restaurateurs, institutionnels – sur une remise en cause de leur manière de travailler. Il semble que ce soit assez nouveau. Dans leurs atouts, il reste la relation client en direct et ils souhaitent reprendre la main dessus. Derrière cela, des projets se créent, comme le nôtre, mais aussi les projets autour des objets connectés, comme les iBeacons par exemple, qui leur permettent de reprendre le contact, numérique, avec les clients.