Interview de Isabelle Bremond, Directrice Générale de Bouches-du-Rhône Tourisme et d’Alexandre Barthelemy, Président de Vigimilia –

Le complément STRATEGOS.FR :

Isabelle, pouvez-vous présenter le département des Bouches-du-Rhône et le CDT ?

Bouches-du-Rhône Tourisme est une association loi 1901, financée par le Conseil Général des Bouches-du-Rhône, qui a en charge à la fois de définir et de mettre en place la politique touristique de ce département. Le département des Bouches-du-Rhône est le 2ème département d’accueil en nombre de touristes, environ 8 millions par an. Les particularités du département sont d’avoir 3 identités touristiques distinctes : la Camargue, la Provence et Marseille ; près de 2 millions d’habitants ; la moitié du territoire en espace naturel préservé avec le parc de Camargue, le parc des Alpilles, le Grand Site Sainte-Victoire et le parc des Calanques ; une saison touristique annuelle avec du tourisme de loisir sur l’ensemble du territoire et du tourisme d’affaires principalement à Marseille et à Aix-en-Provence. Des fragilités également, nous avons beaucoup d’habitants et des espaces naturels à préserver. L’objectif est de développer les flux en trouvant un équilibre dans l’espace et dans le temps. Nous avons aussi 73000 allocataires du RSA et un taux de chômage beaucoup plus important que la moyenne nationale, nous essayons donc de générer des emplois durables. En termes de clientèle, nous avons 75% de clientèle française qui vient principalement de Paris, la région Rhône-Alpes et locale, de notre région, et 25% de clientèle étrangère. Nous avons beaucoup progressé sur des clientèles lointaines grâce à l’événement Marseille-Provence 2013 Capitale Européenne de la Culture (MP2013) et aussi grâce aux liaisons de l’aéroport.

Comment gérez-vous ces 3 identités, marques touristiques ?

Jusqu’ici nous avions 3 marques bien différenciées : la Camargue avec sa nature sauvage, les flamands roses, ce paysage particulier, l’image du Far West français ; la Provence avec cet imaginaire incroyable, le mas provençal, les peintres qui ont marqué le territoire, ses oliviers torturés par le mistral ; et Marseille pour ce côté cosmopolite, la ville de la transgression. Aujourd’hui les valeurs de ces 3 territoires se mélangent. Je pense que l’année 2013 y a été pour beaucoup, lorsqu’on a vu des moutons dans Marseille, le MUCEM qui devenait un emblème et rayonnait sur l’ensemble du territoire ou la mer beaucoup plus présente dans les esprits suite à la création du Parc National des Calanques. Ce qui ressort aujourd’hui c’est la modernité sur l’ensemble du territoire, l’urbanité versus la naturalité, les valeurs authentiques, populaires, au sens noble du terme. C’est une valeur ajoutée par rapport par exemple à la Cote d’Azur à côté de nous, avec ce côté un peu bling bling. Nous avons un territoire plus homogène, plus harmonieux, et nous allons pouvoir travailler cette année sur le marketing territorial atour d’une seule marque, d’un seul territoire.

Quelles sont vos autres missions ?

Nous travaillons sur la classification de l’offre touristique. Par exemple en ce qui concerne la restauration, Tables 13 permet de valoriser les talents du territoire. Notre travail de terrain est très important. Nous avons également un service d’accompagnement aux porteurs de projets. 95% des communes du département ont fait appel à nous pour développer leur propre projet. Les maires du département prennent conscience que nous sommes un territoire touristique. Il y a 15 ans, ce n’était pas du tout le cas. L’économie du territoire était davantage basée sur de l’industrie, la micro électronique, des services mais aujourd’hui nous sommes un département touristique.

Alexandre, pourquoi avoir choisi de vous implanter à Marseille et de rejoindre Marseille Innovation et la pépinière Belle de Mai ? Qu’est que cela vous apporte ?

La décision a été prise pour des raisons personnelles mais depuis le début je souhaitais monter Vigimilia dans le Sud de la France et surtout pas trop loin de Paris. Le territoire est bien desservi, je peux être à Paris en 3 heures en train et l’aéroport est à proximité, ce qui est un atout puisque nous souhaitons internationaliser notre développement. L’écosystème est également intéressant, il y a beaucoup d’entreprises du tourisme à proximité, clientes ou non. Plein Vent est à Nice à 2 heures de route et à Marseille-Aix il y a Voyage Privé, Odalys, Héliades, Homair… J’entretiens aussi des relations étroites avec les institutionnels comme le CDT qui nous a présenté à l’écosystème le 4 juillet dernier. Et des écoles également, comme l’ESCAET et l’Université d’Aix Marseille. C’est très important. Concernant Marseille Innovation et la Belle de Mai, c’est une pépinière qui nous apporte des loyers intéressants, avec une palette de services très divers et des experts dans les domaines du juridique, de la comptabilité, de la finance, de la communication, etc. Nous nous retrouvons dans un milieu de jeunes entrepreneurs avec qui nous partageons beaucoup et nous apportons mutuellement.

Isabelle, pouvez-vous nous parler de vos actions autour de l’Open Data ?

Lorsque nous avons lancé l’open data juste avant l’année 2013, notre motivation était la suivante : nous récoltons de la donnée depuis 20 ans, nous la stockons et la mettons à jour en temps réel. Plutôt que des opérateurs privés aillent chercher de la mauvaise donnée, nous pouvons leur mettre à disposition. Nous avions imaginé des projets autour d’applications ou de sites internet qui exploiteraient cette donnée, dans un objectif de promotion du territoire. Nous avons financé ceci en se disant que c’était la première marche d’un projet plus large, avec le conseil général notamment. Aujourd’hui, plus de 5000 visiteurs sont venus sur notre site dédié et nous comptabilisons 2800 téléchargements, soit 1 visiteur sur 2 qui récupère les fichiers. Les jeux de données les plus téléchargés sont les événements, les restaurants et l’hébergement. Néanmoins, même si quelques projets sont nés autour de l’ouverture de nos données, ce n’est pas suffisant. Je pense que la raison est que nous ne sommes pas à l’échelle avec un Open Data sur les Bouches-du-Rhône. Il y a un projet national d’Open Data qui est en cours avec Rn2D, nous participons au comité de pilotage. Il faudra alors définir quelles données nous intégrons et comment les harmoniser. L’enjeu est là. Mais des partenaires seraient prêts à financer ce projet, comme la Caisse de Dépôts et des partenaires privés peuvent suivre. Ce serait alors à une échelle intéressante.

Alexandre, pourquoi d’après-vous n’y a-t-il pas davantage d’entreprises qui exploitent l’open data et de nouveaux usages induits ?

Les problèmes de l’open data sont que d’une part ce n’est pas assez connu et d’autre part, dans beaucoup de territoires, la data n’est pas exploitable, il n’y pas de politique data, on ne sait pas qui la met à jour, ni comment. En admettant que ces problèmes soient résolus, je crois davantage à une utilisation B2B que B2C. La donnée « événements » par exemple, c’est l’Arlésienne en France. Personne n’a réussi à centraliser ces données et à créer un agenda national d’événements. Ca rejoint les problématiques du Big Data. Depuis 2009 nous avons créé 3 fois plus de données qu’entre 1970 et 2009, maintenant il faut les analyser, trouver des usages… Nous sommes aujourd’hui dans l’ère de l’analytics, de la construction, mais les bases ne sont pas solides et hétérogènes. Si en tant qu’éditeur il faut passer son temps à compléter et à nettoyer la donnée, ça n’a pas de sens.